Parce que certains enfants ne veulent pas aller à l’école, parce que certains enfants n’aiment pas l’école, il nous appartient de leur ouvrir la porte…

Une mère de famille raconte comment la grande pauvreté bouleverse la vie scolaire de son enfant. Un témoignage édifiant, lu en pleine commission parlementaire.

Prenez 3 minutes pour écouter Marie-Aleth GRARD, Vice-Présidente d’ATD Quart Monde, vous serez forcément touché, et vous n’irez plus à l’école avec le même regard.

Vous pouvez aussi lire ce même témoignage sous la vidéo.

« Petite, je n’aimais pas l’école. A la fin du CP, je ne savais pas vraiment lire. Je passais de classe en classe sans avoir le niveau. Plus tard, j’emmenais mes propres enfants sans être vraiment convaincue qu’ils allaient apprendre quelque chose. Puis, je rentrais très vite me réfugier chez moi. J’étais nichée tout en haut de ma tour, je m’enfermais dans mon statut de mère isolée.

Jusqu’au jour où une enseignante à la grille de l’école me demande : « Pourquoi on ne vous voit jamais ? » Peu à peu, elle m’a apprivoisée et cela a été ensuite des contacts réguliers. Je me suis mise alors à parler à l’école avec d’autres mamans de mon immeuble, puis on a commencé à s’attarder pour bavarder à la sortie de l’école. J’ai peu à peu pris de l’autonomie. J’ai trouvé ça bizarre, mais j’ai appris que mes enfants commençaient à aimer l’école. »

Et c’est là où je veux en venir : c’est au conflit de loyauté, ce conflit qui empêche tant d’enfants dans notre système scolaire de rentrer dans les apprentissages et de pouvoir apprendre sereinement comme tous les autres enfants.

Le conflit de loyauté c’est un enfant qui entend à l’école un langage tellement différent de celui qu’il entend à la maison, qui a des habitudes à l’école tellement différentes de celles qu’il a à la maison, qu’inconsciemment, il bloque les apprentissages dans sa tête.

Il ne rentre pas dans les apprentissages de peur de trahir son milieu, de peur de trahir ses parents, sa famille.

Alors, c’est bien à nous tous de travailler à dénouer ce conflit de loyauté, de travailler pour que les parents puissent parler à égale dignité avec les enseignants, à être entendus comme parents, comme 1ers éducateurs de leur enfant. Qu’ils puissent vraiment dialoguer d’adulte à adulte avec les enseignants.

C’est vraiment essentiel pour la scolarité de tous ces enfants qui vivent des conditions trop difficiles. Vivre dans une chambre d’hôtel, ou vivre de chambre d’hôtel en chambre d’hôtel – parce que quand on vit dans la grande pauvreté c’est cette réalité – c’est vraiment compliqué pour apprendre à l’école.

Il faut que les enseignants connaissent ces réalités pour mieux pouvoir accueillir les questions des enfants, questions qu’ils ont au quotidien. Et le quotidien des enseignants n’est pas non plus simple face à des enfants qui vivent des réalités aussi difficiles. »