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Créer des attentes chez nos enfants : un obstacle à la joie.

Nous avons tous des attentes, des souhaits… « Je m’attends à ce qu’il réussisse à l’école. » « Je veux qu’il gagne son match. » « Je veux qu’il soit poli, que sa chambre soit rangée. » « Je m’attends à ce qu’il soit affectueux et m’appelle souvent » « Je le mérite bien »…

Nos attentes, aussi folles ou pragmatiques soient-elles, sont un obstacle à la joie. Car nous ne profitons pas du présent, de la relation en cours. Nos projections dans l’avenir, dans nos désirs freinent notre plaisir à savourer le moment présent.

Austeja Landsbergiene nous montre en 15 minutes combien il est précieux de troquer ses attentes contre de beaux souvenirs. Si vous êtes pressé, le texte de la vidéo suit. Prenez quelques minutes, cela en vaut le coup. Vous verrez un sourire se dessiner à la fin de l’article. Je vous souhaite une belle journée créatrice de beaux souvenirs !

Tout le monde ici présent sait quelque chose de la vie de famille. On est tous l’enfant de quelqu’un. Aussi a-t-on tous vécu une éducation parentale. Certains sont eux-mêmes parents et ont des enfants. J’ai quatre enfants. En tant qu’êtres humains, nous faisons l’objet de toutes sortes d’attentes. Des attentes pour réussir dans la vie, Des attentes au travail, pour produire, pour être efficace, pour savoir, pour ne pas échouer, des attentes pour équilibrer nos vies privée et professionnelle, pour manger sain, pour cuisiner sain à nos enfants dans la vie de tous les jours, pour participer dans des activités sportives, pour lire tous les soirs, et pour être performant au travail en même temps.

A ce moment précis, vous avez des attentes envers moi : pour que je vous surprenne, que je vous révèle quelque chose de nouveau, pour que je vous dise un secret que vous ne connaissiez pas sur l’éducation des enfants. Vous avez ces attentes. Je suis éducatrice depuis 20 ans, maman depuis 15 ans. J’ai obtenu deux masters, un PhD, j’ai dirigé 15 écoles maternelles en Lettonie et en Lituanie trois autres écoles. J’ai écrit des livres pour les parents sur l’éducation des enfants. Je parie qu’en ce moment vous avez plein de choses qui vous passent par la tête, toute une série de pensées, d’espoirs, de devoirs et de tâches. C’est comme une goutte d’eau qui devient de plus en plus grosse jusqu’à tomber.

Que fait-on exactement dans notre tête ? Sans s’en rendre compte, nous sommes en train de transférer toutes ces attentes qui sont les nôtres à nos enfants. Alors que j’ouvrai ma première école maternelle, j’introduisais un nouveau concept d’éducation contextuelle aux parents, je formais des nouveaux enseignants, et montais des meubles IKEA en même temps. Un jour d’été où il faisait particulièrement chaud, une famille faisait une visite du campus, et il demandèrent qui étaient les parents de cette fille qui se baladait en bottes d’hiver et en robe de princesse en plastique. J’ai dû avouer que j’étais la mère irresponsable qui laissait faire sa fille – parce qu’en Lituanie, nous avons des attentes spécifiques sur comment nos enfants doivent s’habiller et se tenir, et ma fille ne respectait clairement pas ces attentes.

Ça demande beaucoup de courage d’accepter la personnalité de votre enfant, d’être en paix avec soi-même et de ne pas chercher à contrôler. Mais il y aussi des moments où je ne suis pas fière de moi. Ma fille a 7 ans, et elle adore se vernir les ongles. Pendant les vacances de Pâques, elle s’était mis du vernis et elle avait oublié de l’enlever alors que je le lui avais demandé. En tant que mère de famille bien occupée, je ne vérifiai pas qu’elle l’avait fait, et voilà que le matin de la rentrée, je la trouve toujours avec son vernis sur les ongles. Je me suis fâchée car nous nous apprêtions à partir, et je n’avais plus le temps de lui enlever. Je lui dis que j’étais déçue et fâchée. Je l’ai réprimandée. Assise à l’arrière de la voiture sur le chemin de l’école, elle resta silencieuse au lieu d’être la petite fille joyeuse qu’on connaît. Elle n’avait plus envie d’aller à l’école. Alors qu’elle dit bonjour à sa maîtresse, je la vois se cacher les doigts. Elle ne pensait plus qu’à ses ongles. A ce moment, je me sentis prise de remords. Pourquoi avais-je fait ça ? Je ne l’avais pas fait pour son bien à elle. J’avais agi parce que j’étais inquiète et influencée par ce que les autres penseront de moi, de ma légitimité, de l’éducation que j’enseigne, et de tout le reste.

Tout récemment, j’ai conseillé une maman qui cuisinait trois plats différents pour ses trois enfants à chaque repas. Elle n’en pouvait plus. Elle était fatiguée et ne se sentait pas reconnue. Je lui ai dit d’arrêter tout de suite. Cela fait deux semaines maintenant. Elle cuisine un seul menu pour toute la famille. Ses enfants sont toujours vivants. Elle est bien plus heureuse, à la fois en tant que mère et d’un point de vue personnel. Et ça n’a demandé qu’un tout petit changement. Le paradoxe c’est que nous souhaitons par dessus tout que nos enfants soient heureux, mais on a peur du jugement des autres, de décevoir, on a tellement peur d’échouer qu’on finit par devenir des parents constamment inquiets et stressés. Aujourd’hui, on attend d’un enfant de maternelle qu’il fasse ce que des élèves de primaires faisaient il y a tout juste dix ans. D’un côté on sait que le cerveau d’un enfant connaît une période développement incroyable entre zéro et trois ans, produisant sept cents connections neuronales par seconde. On veut charger au maximum ce train à grande vitesse. Peut-on s’en vouloir ? On oublie cependant une chose. Des études en neurosciences ont montré que le stress chronique déclenche des changements dans la structure et le fonctionnement du cerveau. Des enfants qui subissent un stress chronique sont prédisposés à avoir des troubles psychologiques tels que l’anxiété, la dépression et des troubles de l’humeur plus tard dans la vie ainsi que des difficultés d’apprentissage. Le fameux psychologue Lev Vygotsky a inventé le concept de zone de développement proximal : les enfants apprennent le mieux lorsqu’ils sont dans cette zone où les tâches ne sont ni trop faciles ni trop dures, où les objectifs sont atteignables avec résilience, détermination et passion. Comment peut-on s’assurer que nos enfants sont dans cette zone ? Comment atteindre cet équilibre où l’apprentissage se fait magiquement dans la joie ?

Je pense que j’avais environ 7 ans et ma famille et moi faisions du ski en Géorgie. Nous étions montés en haut de la montagne, et il y avait une énorme tempête. Je suis restée figée et je refusai de descendre la piste. Mon père essaya de me persuader, mais jamais j’allais descendre la piste dans une tempête pareille. Alors il me dit de fermer mes yeux, il me prit entre ses jambes et nous avons descendu la pente – ensemble. Il aurait pu me forcer. Il aurait pu se fâcher. Et pourtant il choisit la gentillesse, et c’est ce que je garde en mémoire à ce jour. C’est le souvenir général que je garde de mon père et de mon enfance, et de là vient ma détermination à ne jamais abandonner. C’est cette question simple : Quels souvenirs de moi est-ce que je veux laisser à mon enfant ? Cette question m’inspire tous les jours, et elle devrait tous nous inspirer à la maison, dans les écoles, partout ! Eduquons-nous nos enfants dans la gentillesse et la générosité ? Eduquons-nous nos enfants dans la critique et l’hostilité ? Quel est notre premier réflexe ? Que cherchons-nous exactement chez nos enfants ? Cherchons-nous vraiment quelque chose à valoriser chez eux ? Ou cherchons-nous leurs erreurs ?

cuisiner avec son enfant
Crédit photo : actusmediasandco.com

La gentillesse transmet l’amour à nos enfants, et pas nos diplômes ou nos soucis, pas le nombre d’activités auxquelles nous les inscrivons après l’école ou les devoirs que nous vérifions. La gentillesse – c’est ça qui crée une histoire et un souvenir mémorables. Vous souvenez-vous de professeurs qui ont eu un impact décisif dans votre vie ? Peut-être d’un ? Ou deux ? Trois ? Imaginez le monde si seuls trois professeurs n’avaient pas eu d’impact décisif dans votre vie. Les enfants ne doivent pas vivre sans stress. Un stress modéré ou positif, comme celui qui motive à étudier ou à apprendre des nouvelles compétences, contribue à développer les connexions neuronales et un cerveau plus résilient. Mais un stress prolongé sème le chaos.

Souvenez-vous : de la gentillesse tous les jours. Et pour ceux d’entre vous qui voient cela comme un encouragement à la paresse, je réponds : « Non, cela ne la favorisera pas.» Nous êtres humains sommes nés curieux et créatifs. Avez-vous déjà vu un enfant d’un an abandonner en essayant de marcher ? Non, il se relève autant de fois que nécessaire quelque soit le nombre de fois qu’il chute. Et il y parvient. Parce qu’il est déterminé, et il n’a pas peur d’échouer, ou pas encore.

Qu’est-ce que l’échec ? Je demande souvent aux parents pourquoi ils sont si stressés concernant l’éducation de leur enfant. Ils me disent ne pas vouloir que leur enfant devienne un échec. Mais ce faisant on applique notre compréhension de l’échec, tel qu’on le perçoit à la vingtaine, à la trentaine, à la quarantaine à nos enfants de cinq ans. Ils doivent pouvoir profiter d’une insouciance à cet âge. J’ai récemment lu l’histoire d’une jeune fille très douée qui rentrait à Columbia, et qui s’était enfuie l’année suivante. Elle ressentait beaucoup de culpabilité et d’anxiété, mais elle ne pouvait plus continuer à jouer ce jeu : à prétendre aimer ce qu’elle faisait. La mère et la fille vécurent un énorme stress, et puis un grand soulagement lorsqu’elles furent réunies après que la fille ait été retrouvée. Il y a un happy ending à cette histoire, un souvenir pour toute la vie. Si vous vous attendiez à un tour de magie de ma part, je vais vous décevoir. Car la magie réside dans les souvenirs que nous construisons à l’instant présent.

Je créé des souvenirs, tout comme vous. Il n’y aura pas de jour ou moment parfait. Si nous attendons un jour parfait, il se peut bien qu’il n’arrivera jamais. On rentrera plus tard du travail qu’on le souhaiterait. On aura des moments où nous serons fatigués, irrités, épuisés et fâchés, et il se peut qu’il pleuve un jour où nous aurons prévu une sortie au parc. L’éducation doit se faire dans la spontanéité, plus que toute autre chose. L’éducation se construit grâce aux moments de bonheur dont nous profitons. Quand on décide de faire un marathon, on ne court pas 42 kilomètres dès notre premier essai. On peut courir un kilomètre ou même juste 500 mètres. Mais comme tous les chemins, l’éducation commence aussi par un premier pas. Embrassez votre enfant. Souriez. Retenez-vous lorsque vous vous apprêtez à réprimander. On ne passe que quelques minutes avec nos enfants par jour, faites en sorte de bien les utiliser. Faites de chaque instant une opportunité pour créer le meilleur souvenir possible : l’expérience d’un amour inconditionnel.

J’étais en Islande pour une conférence la semaine dernière, et j’y ai rencontré une maman qui me dit avoir voulu que son fils ait les meilleures notes. Elle me dit aussi lui avoir dit pendant longtemps qu’elle était trop occupée pour faire ensemble les choses qu’il voulait et qu’elle ne considérait pas comme importantes – comme l’emmener faire un tour en tracteur tel qu’il lui demandait. Et elle se rendit compte un jour que pendant que ses attentes concernaient les notes, celles de son fils étaient de faire un tour de tracteur. Et donc elle l’emmena. Au bout d’un moment, ses notes évoluèrent. Elle ne me parla pas des notes, elle me parla de la relation qu’elle entretenait depuis ce jour avec son fils, et comment le fait de l’avoir lâcher un peu avait tout apaisé. Elle a été capable de créer un souvenir fort.

Il ne s’agit pas de ne pas avoir d’attentes : faites toujours de votre mieux, et quand vous y êtes, faites mieux. Vos enfants le verront et apprendront par l’exemple. Vous n’aurez pas besoin de parler. Lorsqu’il s’agit de vos enfants, pensez au futur. Pensez à dans 10, 20 ans. De quoi voulez-vous que votre fille se souvienne ? De quoi voulez-vous que votre fils se souvienne ? Apprenez-leur à faire du vélo, à rater une recette de gâteau et d’en rire. Lors d’affrontements, riez de la dispute de la veille, pardonnez, demandez pardon, transmettez des valeurs, murmurez « je t’aime » plus que vous pensez nécessaire et plus que jamais auparavant. Osez créer des souvenirs d’amour qui dureront le temps d’une vie. J’en suis arrivée à croire que c’est la plus belle raison de vivre. Merci.

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